Préface : Un maître de l'imaginaire !

Tout de suite, nous sommes interpellés, car l'auteur nous parle directement par son écriture. On le lit, on l'entend, on l'écoute. Du titre jusqu'aux phrases en passant par les têtes de chapitres. C'est rare qu'on puisse se sentir concernés aussi vite et aussi fort. Mais le talent de Laurent Harduin ne s'arrête pas là.

Il aime la langue française et en joue avec connaissance et passion. C'est surprenant, drôle, jouissif.

Quelques exemples parmi toutes les trouvailles qui parsèment l'ouvrage : Il "envoie au diable en disant adieu", "Les bruits qui marchent le mieux sont ceux qui courent", "Quel sale cratère, je m'en lave les mains"...

On découvre avec jubilation les jeux autour des mots, comme "Ne pas mettre tous ses E dans le même panier", ou parler en notes "C'est pas SI FA Sile", ou faire parler son klaxon :"Tu...Tu...Tu vas entendre de mes nouvelles !"

Evidemment, j'ai adoré les passages qui concernent la télévision ! Laurent "s'est converti à la religion cathodique et sa télé lui raconte des paraboles".

Dans ce livre, on va au-delà des mots lorsqu'on se sert du véhicule même d'un livre. Ainsi une page de pub, le complexe de la page blanche ou le dernier mot. C'est un feu d'artifice d'inventions.

Cela dit, après avoir lu et relu, beaucoup de choses restent en nous : de la réflexion, de la poésie, de l'absurde - tout ce qui semble fleurir chez Laurent Harduin, comme chez un de ses prédécesseurs illustres, lui aussi natif de Mouscron : Raymond Devos. Pourtant, on aurait tort de s'attarder à une comparaison.

En son temps, j'ai dirigé une collection qui se nommait "Les Maîtres de l'imaginaire", où l'on retrouvait les écrivains adeptes du surréalisme et de l'imaginaire belges. Laurent Harduin y aurait eu une place de choix !

Jacques Mercier